avril 24, 2008...7:33
“Juger, jusqu’au dernier souffle”
Serge et Beate Klarsfeld ont marqué, à coup sûr, un pan entier de l’Histoire. C’est grâce à leur traque, menée avec persévérance, ténacité et témérité, que l’un des principaux bourreaux nazis, Klaus Barbie, a pu être traduit en justice (il avait déjà été condamné à la peine capitale, mais par contumace, en France). Quarante après l’atrocité, son impunité a enfin cessé. Sa traque aura duré 12 ans et un jour. Sans laisser une minute de répit aux époux Klarsfeld. Modestes, ils disent aujourd’hui : “la chance nous a souri”. Pourtant, dans le téléfilm réalisé par Laurent Jaoui et interprété (notamment) par Yvan Attal, c’est plus de courage que de chance dont il est question.
La traque des nazis a déjà fait l’objet de plusieurs documentaires. Pas toujours du goût des Klarsfeld, d’ailleurs. “Il y a eu des documentaires dans lesquels les commentaires n’étaient pas toujours bien trouvés”, explique Serge Klarsfeld, fondateur de l’Association des fils et filles des déportés de France. Il est plus rare - parce que plus délicat - de prendre un élément de cette période de l’Histoire et d’en tirer une oeuvre de fiction. À force de scénarisation et de réalisation diverses, la réalité pourrait-elle en sortir désincarnée ? Les époux Klarsfeld - dont la traque a déjà été portée à l’écran dans les années 80 - en doutent. “Tout événément historique entraîne différents modes d’expression. On ne peut pas l’empêcher, c’est positif. Il y a même eu un opéra en Allemagne consacré à l’affaire Brunner dans laquelle nous avons joué un rôle. Il n’est pas question que tout ça donne une comédie sur la Shoah”. Les images de La traque, fidèles aux faits historiques (”on a discuté avec les auteurs pour faire en sorte que tout corresponde à la réalité”) montrent à quel point la famille Klarsfeld (Beate et Serge, leur fils Arno et la mère de Serge qui tenait la maison) a tremblé durant 12 ans : quand Beate a été emprisonnée, 5 semaines en Allemagne après l’enlèvement raté de Kurt Lischka (ancien dirigeant de la Gestapo), quand elle est partie, seule, sur les traces de Klaus Barbie (devenu Klaus Altmann en Bolivie) à La Paz où elle a été enlevée par la police politique puis expulsée du pays,… Pourtant, du temps exact qu’elle a passé en prison, aujourd’hui, Beate ne s’en souvient pas précisement. “J’ai été emprisonnée dans les pays arabes, les pays de l’Est aussi…”
Le téléfilm s’arrête à l’aube des années 80. Une fois l’identité de Klaus Barbie - Altmann établie. Le boucher de Lyon a continué, pendant 40 ans, en Bolivie, à torturer… des guérillos. Il niait avoir un jour appartenu au régime nazi, malgré (et c’est un détail frappant et fidèle à la réalité dans le téléfilm) un portrait d’Hitler qui trônait dans son bureau. Barbie enfermé à Cayenne dès 1983 et condamné à perpétuité, les Klarsfeld, eux, ont continué leur combat. Avec, notamment, le jugement de Maurice Papon. “Le procès a été long, tous les arguments ont pu être exposés. Nous avons demandé à ce qu’il soit condamné à 10 années de prison.” Pas plus. “Car pour nous, il ne faut pas systématiquement requérir la perpétuité. Il faut juger le niveau d’implication et accorder des peines graduées”.
À l’heure actuelle, des criminels de guerre, en liberté, il en reste toujours. “Ceux qui avaient 20 ans à l’époque et tuaient sont toujours vivants. Mais on ne peut pas prouver leur culpabilité, c’est impossible “, déplore Serge Klarsfeld. De la peine infligée à Klaus Barbie, longtemps après les faits, il retient une chose : “qu’on puisse juger jusqu’à la mort. Qu’un criminel puisse être jugé jusqu’à son dernier souffle.”

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