avril 27, 2008...6:22

Enquête dans les milieux de la chirurgie en Tunisie

Jump to Comments

TUNIS Parmi les millions de touristes qui débarquent chaque année sur le sol tunisien, une poignée d’entre eux viennent pour un séjour un peu particulier. Discrets, rien ne semble les distinguer des vacanciers classiques aux valises chargés de maillots de bain et de crème solaire. À 90 %, il s’agit de femmes venues profiter d’une autre forme de low cost : la chirurgie esthétique. Depuis quelques années, les chirurgiens tunisiens voient en effet défiler des milliers d’Européens venus profiter d’une chirurgie esthétique facturée deux à trois fois moins cher qu’en Europe. Une discipline médicale dans laquelle les Tunisiens ont acquis une réelle notoriété, répondant aux mêmes standards que ceux des hôpitaux du Vieux continent. Des investissements en millions d’euros, des formations de haut niveau : rien n’est laissé au hasard pour conquérir une clientèle pour qui la chirurgie esthétique est rendue enfin abordable. Ils séjournent en moyenne une semaine en Tunisie, dans un hôtel cinq étoiles qu’ils ne quittent que pour un rapide séjour en clinique afin d’y subir une intervention chirurgicale.

Cette clientèle relativement jeune, s’offre ainsi une nouvelle paire de seins pour 2.500 €, séjour idyllique compris. Liftings de 2.700 à 3.500 € ou rhinoplastie à 1.800 € figurent également parmi les interventions les plus prisées. Des tarifs défiant toute concurrence qui n’ont pas manqué de susciter intérêt, inquiétude et jalousie. “Au départ, nous avons eu à combattre les clichés, mais le bouche à oreille a rapidement permis de les effacer. Les premiers clients furent des expatriés qui, pour des raisons de santé ou d’esthétisme, ont été opérés dans nos hôpitaux, explique le docteur Taher Djemal . C’est à eux que nous devons notre première publicité. Le plus difficile à combattre, ce fut la jalousie des chirurgiens européens. Pour eux, nous sommes des hommes à abattre car nous offrons un service identique au leur, réalisé avec autant de professionnalisme, mais à un prix qu’ils ne peuvent concurrencer. Certains ont essayé de nous mettre des bâtons dans les roues, par tous les moyens. Mais avec le temps, tout cela s’est calmé. Aujourd’hui, notre savoir-faire est reconnu de tous.”

À tel point que certains spécialistes étrangers ont investi en Tunisie pour y installer leur propre clinique privée. Il faut dire que l’État a largement encouragé ce business en exonérant les établissements hospitaliers d’impôts durant les dix premières années d’activité ou en leur octroyant des prêts à taux préférentiels. Pour attirer la patientèle étrangère, l’exonération de TVA est également un atout indéniable. Sans compter que les salaires et charges sont sans commune mesure avec ceux pratiqués en Europe. Une infirmière gagne au mieux 250 € par mois et la location d’un bloc opératoire, équipé des technologies de pointe, ne dépasse pas 100 € quelle que soit la durée de l’intervention…

Laisser un commentaire