mai 14, 2008...9:38

“Violée avec courtoisie”

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Il est frappant de constater quel traumatisme un viol, raté ou réussi, peut provoquer sur celles qui en sont victimes. Des victimes qui réagissent parfois très différemment. Ainsi, hier, la seconde victime appelée à la barre, Sandrine, considère cette convocation comme un supplice.

À 15 ans, elle n’avait pas osé déposer plainte, et c’est Fourniret lui-même qui l’avait dénoncée pour démontrer que ses victimes n’étaient pas si mal traitées que cela.

Sa collègue dans le malheur, Dahina Le Guennan, a choisi le chemin inverse. On l’a souvent vue en télévision, elle a même écrit un livre, et elle défend la thèse, fort louable, selon laquelle ce ne sont pas les victimes qui doivent se cacher, ni être gênées, mais bien l’agresseur.

Or, trop souvent, ces jeunes victimes sont considérées, au début du moins, comme partiellement coupables. Après être tombée entre les griffes du monstre, à 14 ans, elle a dû, surtout, se justifier, ce qu’elle considère, à juste titre comme intolérable.

Le 4 septembre 1982, Fourniret sortait de son véhicule, une fiole de vitriol à la main. “Il m’a dit qu’il avait réalisé un hold-up et qu’il était poursuivi par la police. Il devait donc me prendre en otage. Il était poli, il me vouvoyait, il m’a fait monter dans son break par la porte du conducteur. Il m’a alors expliqué qu’il allait faire un simulacre de viol. Il m’a attachée, il m’a caressée, déshabillée, baissé son pantalon, s’est couché sur moi, et a éjaculé avant de me pénétrer. Il m’a en quelque sorte violée avec une certaine courtoisie.”

Fourniret reconnaît : “La relation est exacte, mais j’ai toujours essayé d’établir une hiérarchie dans la notion de viol. Il faut faire le distinguo entre une pénétration franche et entière, d’une part, et d’une velléité ou tentative de viol. Je me mets à la place du père d’une victime (sic) qui n’est plus là pour le raconter. Dans le dossier, il y a marqué viol, alors que ce n’est pas le cas !”

Y avait-il eu viol ? Oui, mais toute l’ambiguïté est là. D’abord considéré comme un viol, le délit fut déclassé en attentat à la pudeur, parce qu’il n’y avait pas eu pénétration. Et pourtant, Dahina considère son agression comme un véritable viol. “Je ne voulais pas déposer plainte, mais sa mère a insisté pour que je le fasse, et elle a eu raison.”

Le cauchemar ne faisait cependant que commencer : “Pendant l’enquête, on m’a demandé si j’avais bu ou si j’avais fumé un joint. Bref, si je ne l’avais pas provoqué !”

Aujourd’hui, elle affirme ne vouloir tirer aucune gloire de cet événement. “Si je témoigne, si j’ai écrit un livre, c’est pour donner espoir aux autres victimes, pour qu’elles ne se cachent pas. J’ai trop porté de culpabilité.”

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